Auteur Sujet: Témoignage Incendie domestique  (Lu 593 fois)

Aurora

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Témoignage Incendie domestique
« le: 02 avril 2017 à 13:04:24 »
Bonjour à tous,

J'interviens sur le trouble bipolaire mais aujourd'hui je me confie enfin (très peu de confidents et de personnes au courant), sur un traumatisme du feu, mais que j'ai oublié au fil du temps avec de la résilience. Cependant j'aimerai discuter de ce sujet....

Voici :

En 2010 il y a eu un incendie chez mes parents où je vivais aussi.
 
 Un 28 décembre... L'incendie était de ma part, bien évidemment involontaire...
 
 En fait de l'huile a pris feu. J'ai crié à l'aide à mes parents, j'étais bloquée sur place.
 
 Mon père a eu une bonne idée, mettre la casserole au sol et non le laisser sur le feu.
 
 Cela lui a sauvé la vie. Sinon il aurait été brûlé au visage, diagnostic, mort imminente.
 
 Mais, il a été brûlé vif de ses jambes à la ceinture, et à sa main droite. Et aussi du visage (mais pas sa voie respiratoire)
 
 Moi, j'ai été brûlée vive tout un bras jusqu'à la main.
 
 Les pompiers ont mis une heure (on ne comprend plus le temps à ce moment là), pour venir...
 
 Mon père en torche vivante a réussi à prendre une chaise pour éteindre le gaz...
 
 On est allé tous les deux sans la salle de bain alors...
 
 J'ai un peu mis mon bras sous l'eau froide... inédit : je n'avais même pas mal.
 
 Puis j'ai douché la main de mon père. Il perdait toute sa peau.. Mais comme je ne coyais pas l'os... J'ai cru qu'il n'avait perdu qu'un peu de peau...
 
 On a ouvert en grand la fenêtre croyant qu'il avait chaud bien sûr...
 
 Les pompiers sont enfin arrivés, après que j'ai cassé le fixe et éteint en tombant mon portable... J'ai mis Dix minutes donc pour les appeler...
 
 La mort attendait mon père.
 
 Les pompiers sont arrivés enfin.
 
 Ils ont dit : fermez la fenêtre !!!! et il fallait mettre de l'eau tiède après un peu de froid... Puisque en fait, il avait perdu toute sa peau qui gardait le corporel... Ils l'ont mis sous couvertures chauffantes, je lui ai rajouté mon manteau puisque sous la panique, on ne trouvait pas le sien... A savoir que bien sûr j'avais un tout petit manteau.
 
 On avait 5 pompiers. Comme ma peau n'était pas tombée, et qu'on ne voyait qu'un fil rouge sur ma peau (la frontière de ma brûlure), 4 pompiers m'ont dit : vous n'avez rien, on ne vous fait aucun soin.
 
 Le 5ème pompiers a sauvé mon bras, m'enlevant mes bracelets et me mettant un bandage.
 
 Puis nous sommes partis à l'hôpital une fois que le SAMU et les flics soient arrivés (voir si ce n'était pas intentionnel. Mon père dans une ambulance, moi dans une autre.
 
 Les ambulances ont foncés grave, ma mère et mon frère ont pu les suivre à une vitesse folle ouverte par les flics.
 
 Une fois à l'hôpital... Mon père a était séparé de nous... trois heures. Il était entre la vie et la mort. On avait AUCUNE info.
 
 Deux infirmières ont regardé mon bras. M'ont remis un bandage en me disant qu'en fait je n'avais rien... Que d'ici trois jours on ne verrait plus rien.
 
 Une autre infirmière, nous a proposé un coupeur de feu... Ma famille et moi n'y croit absolument pas   On a été choqué de la part d'une potentielle cartésienne.
 
 3 heures plus tard, on nous propose d'aller voir mon père. Momifié même la tête. Je n'ai vu que ses yeux verts... Je m'y suis accrochée à fond.... Ses yeux pleuraient, c'était une douleur intense... Mon père a réussi à parler un peu, il a dit à mon frère : tu as ton examen de permis de conduire demain à neuf heures. Pour moi, vraiment va le passer... Quel courage de mon père.
 
 Les médecins nous ont proposé d'aller voir la chambre où il allait aller... Là je ne comprends pas du tout, ma mère, moi et mon frère... avons dit non. L'on était trops usés et fatigués.
 
 L'on est rentrés chez nous... Sans lui...
 
 Nous n'avons pas dormi de la nuit.
 
 A 9 heures du mat, j'ai accompagné seul mon frère au permis de conduire. Ma mère ne pouvait même plus sortir... Mon frère a eu le permis.
 
 PS : oublié de dire, j'avais les cheveux détachés pendant le feu. Si je les avais eu attachés comme une demi heure plus tôt, mon visage à gauche aurait été tout brûlé.
 
 Bref, ma mère n'a pas arrêté d'appeler l'hosto toutes les demi heures. Les médecins ont eu le culot de l'engueuler et qu'ils nous appelleraient quand mon père aura été hélicopté jusqu'à Toulouse dans le service des grands brûlés... A Limoges où nous étions il n'y en avait pas.
 
 Nous avons attendu le coup de fil donc sommes restés à Limoges.
 
 Ils disaient que mon père serait à Toulouse à 11 heures mais ils nous téléphonaient pas.
 
 A 14 heures seulement ils nous ont appelé.
 
 En nous disant qu'il était arrivé depuis longtemps...
 
 Les traîtres...
 
 Illico presto une petite valise et 6 heures de route de prévus. Ma mère pleurait tellement... qu'on a failli avoir deux accidents. Je ne pouvais prendre le volant, à cause de mon bras.
 
 J'ai forcé ma mère à faire une pause alors qu'elle refusait, et je l'ai alimenté, alors que moi je n'ai rien pu avaler.
 
 Nous sommes enfin arrivés, bien plus tard que les visites autorisés...
 
 Ils nous ont accordés une mini visite... Moi et mon frère d'abord, puis ma mère. L'on s'est déshabillés et mis des vêtements totalement steriles, à ne plus voir même votre visage.
 
 Et là... ils ne nous ont pas guidé tout de suite vers la chambre. Nous avons dit un grand bonjour et l'essai d'un sourire à une personne momifiée aussi. mais ce n'était pas la bonne.
 
 Une fois arrivés dans la chambre de mon père... Un choc terrible. Sous ses bandages, un énorme oedème du visage, et un aveuglement de lui en raison. Nous lui avons parlé en larmes, je ne sais plus de quoi... La veille j'avais dit à la salle de bain mille fois de suite que je l'aimais.
 
 Nous avons dû partir le laissant là entre la vie et la mort. Le pronostic n'était pas bon... L'on nous a donné un livret pour "apprendre à faire le deuil", au cas où...
 
 Mes grands parents de Toulouse nous ont payé deux nuits d'hôtel. Nous avions deux chambres. Mais l'on ne pouvait se séparer ma mère mon frère et moi. Nous avons dormi à 3 dans un seul lit. J'ai donné des somnifères à ma mère, mon frère... mais moi je ne l'ai pas pris... Au cas où on nous appelle.
 
 Mes grands parents après, nous ont dit qu'ils ne nous logeraient certainement pas... Nous ont dit : au c'est bon de vous plaindre et chouiner il va pas mourir, et nous ont jetés à la porte.
 
 Ils n'ont jamais rendu visite à mon père.
 
 S'en est suivi... un mois où nous étions à l'hôpital, sur des sièges à partir de 9 heures du mat alors que les visites étaient à 14 heures.
 
 Rien à faire de plus.
 
 L'après midi, on est venu m'enlever mon bandage. Les médecins ont voulu me rassurer : le compte rendu des médecins de Limoges disaient que je n'avais sans doute rien.
 
 Décollement du pansement, des mines de médecins et infirmères éffarées... Pansement totalement accrochés... Ils ont mis beaucoup d'eau pour pouvoir l'enlever... Et là : brûlure énormes, oedèmes, des poches d'eau à enlever à l'aiguille. Direct un chirurgien est entré dans la pièce et m'a dit : deux greffes , une au cou et une en haut de la main. Sans compassion ni rien.
 
 L'accident venait de moi. je voulais me punir, être à la place de mon père. Donc j'ai accepté de suite la conclusion.
 
 Après... tous les deux jours, anesthésie générale de mon père pour le soigner. La première anesthésie a failli le tuer. Il devait se réveiler en trois heures. Il s'est réveilé en sept heures. Pour moi, il était mort.
 
 Et mois, des soins tous les deux jours mais sans anesthésie ni morphine. La première fois donc, je me suis évanouie alors que je disais que je n'avais pas mal. Ils m'ont mis sous gaz hilarant.
 
 Les fois d'après, ils disaient hôpita public, pas de moyens donc plus de gaz hilarant, on vous prescrit du doliprane quand on vous soigne. LA BLAGUE. Il existe des anti douleurs bien plus fort que j'ai pris dans ma vie : tradamol, dextro...
 
 Je souffrais, mais j'étais "contente" parce que c'était ma faute. Je devais souffrir.
 
 Me suis évanouie plusieurs fois... on arrêtait alors.
 
 Mon père ne supportait pas du tout la morphine. Il n'en a plus eu. Et les anti douleurs le rendaient malade atroce du ventre. Donc pas d'anti douleurs non plus... Pendant un mois.
 
 Les médecins étaient hyper surpris... Nous ont dit qu'on avait une force de caractère énorme et qu'on supportait la douleur plus que les autres gens.
 
 Les journées de mon père : interdit de télé (pas le droit de toucher une télécommande, peur de la septicémie), pas le droit de lire un journal à cause de l'encre, luis grand lecteur... Uniquement le droit à une radio toute neuve que personne n'avait touché.
 
 Puis nos visites de ma mère et moi, une demi heure maxi par personne. Mon frère, comme le demandait mon père, devait continuer ses études à Nantes. Un jour nous l'avons conduit jusqu'à Nantes. Il s'est retrouvé totalement seul. Enorme douleur... Ils revenaient chaque week end en avion, mais était totalement seul la semaine.
 
 Au bout d'un moment... Je n'avais plus rien à dire à mon père quand je le voyais, j'écourtais ma visite... J'étais une sale fille, mais je ne supportait rien.. Une fois j'ai été très agressive avec lui comme il l'a été avec moi... Pas normal.
 
 Mon père ne mangeait rien. Pas faim. Ils l'ont menacé de la sonde gastrique. Alors il a du se forcer, il mangeait tous les jours du poisson, toujours le même, car le poisson aide à cicatriser, il faut des protéines.
 
 Moi à l'inverse je suis devenue une vorace, mon corps réclamait.
 
 Mes soins étaient de brûlures de 3ème degré, comme mon père. Qui a eu kiné tous les jours à souffrir sa race, et moi aussi de bouger mes articulations.
 
 Vous savez ce que ça fait une brûlure ? Dès que l'on baisse le bras, l'on a des courants électriques intense dedans. Dès que le kiné bouge une articulation, on a l'impression de mettre ses articulations dans du verre brisé.
 
 Je devais pour les oedèmes garder mon bras toujours levé jusqu'en haut. Le corps comprend tout. Je pouvais garder le bras toute la journée en l'air, sans fatigue.
 
 Mon père aussi diagnostiqué de troisième degré et plein de greffes à faire avant une prescription pour 6 mois de réeduc, où nous ne pourrions jamais aller comme c'était loin, que ma mère travailait, que j'avais mes études.
 
 Miracle : le troisième degré est passé au deuxième fort.
 On cicatrisait tous les deux bien. Même si pour mon père ils ont attendu l'extrêmité pour savoir si on le greffait notamment de la main. A l'extremité des jours, on l'a piqué avec une aiguille. Sa peau est devenue rouge. Plus de greffe prescrite.
 
 Mon père était le crâne rasé, moi qui l'avait toujours vu avec des cheveux. Je lui disais qu'il était un poussin. Pour essayer de le faire rire.
 
 Au bout d'un mois, pas vraiment guéri, nous sommes sortis de l'hosto. En effet, deux personnes en crash d'ulm arrivés et il n'y avait que 6 lits dans le service.
 
 Nous sommes sortis, mon père était dans la pénombre, sans sortir, sans air depuis un mois. Il s'est évanoui au soleil en sortant.
 
 Le soir nous sommes allés manger, il s'est re évanoui. Avec ma mère, nous avons cru qu'il allait mourir une nouvelle fois, pas tiré d'affaire.
 
 Puis nous sommes rentrés à Limoges... Avec infirmière à domicile quotidienne pendant 4 mois.
 
 Ajd, à part la main, on ne voit plus rien de la brûlure de mon père, à part des tâches blanches.
 
 Moi, l'on voyait tout... Mon bras est toujours pâle et mon coude a trop de collagène, il est boursoufflé à vie.
 
 L'hospi nous a dit qu'il faudrait qu'on contrôle tous les jours la couleur... si il y a le moindre violet, c'est un cancer potentiel. Pas le droit au soleil au moins 3 ans. Volets toujours fermés...
 
 Nous avons fini par guérir.
 
 Je commençais ce poste pour vous dire, qu'une fois que mon père était sorti d'affaire... je suis montée en énorme hypomanie. Je voulais m'inscrire de suite à Science Po, en plein hiver j'étais en décolleté tellement j'avais chaud, et j'en passe. Je trouvais le futur si beau... J'étais invincible. Donc je me suis occupée de ma mère, traumatisée. Je la faisait se nourrir, je la consolais, je la berçais pour qu'elle s'endorme, je lui disais des propos rassurants, que je n'avais pas mal du tout (alors que si).
 
 Je ne sais plus trop quoi dire... Même si j'en oublie.
 Mon frère a eu son année mention très bien. J'ai été à 12 rattrapages de mes études en deux jours, et j'ai eu mention bien.
 
 Tellement besoin de me confier... je ne l'ai JAMAIS fait, ni même à un psy.
 
 Et mon mec refuse de m'entendre parler du passé.
 
 Ajd, dans la famille nous en gardant aucun traumatisme... Etrange...
 
 Je suis choquée par mon hypomanie, malgré la souffrance extrême de tout le monde.
 
 J'en oublie...
 
 Là j'ai les larmes aux yeux, d'émotions... Mais je m'en suis relevée. A l'époque j'étais sans traitement. Personne n'est tombé en dépression dans notre famille. Résilience.
 
 Merci de m'avoir éventuellement lu...
   


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